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lundi 9 juin

Lapérouse et la franc-maçonnerie

Lapérouse fut initié à Brest à la loge de l’Heureuse Rencontre ...

Brest et les francs-maçons scrutés par un historien

 
LE VOYAGE ILLUSTRÉ

de Brest à Concepcion (Chili)

On peut considérer que le trajet de Brest à Concepcion (9 mois) est un trajet logistique d’approche vers les véritables buts du voyage avec des escales intermédiaires : Madère, Îles Canaries, Brésil. Plusieurs semaines ont été perdues à la recherche d’une « île grande » imaginaire dans l’Atlantique Sud. Toutefois le voyage ayant aussi des buts économiques, l’observation de nombreuses baleines dans ces zones pouvaient présenter un intérêt. Lapérouse a modifié le programme initial du voyage après le passage du Cap Horn pensant qu’il était préférable de passer deux étés successifs dans le Pacifique Nord : le premier en Alaska et le second au Kamtchatka renonçant ainsi à la visite des Aléoutiennes déjà occupées par les Russes.



de Concepcion vers l’Alaska

l’expédition suit une route inhabituelle qui aurait pu donner lieu à la découverte de nouvelles terres si l’océan Pacifique n’était pas aussi vide, ce que l’on ignorait. Après une très courte escale à l’île de Pâques, découverte en 1722 par les Hollandais et bien connue des Espagnols et de Cook, afin d’y observer les fameuses statues, on fait route vers les Îles Hawaii dont les habitants polynésiens avaient mauvaise réputation depuis l’assassinat de Cook en 1778.

Mowee

Lapérouse y fait une rapide escale heureuse à Mowee (Maui de nos jours) en cartographiant les environs et en précisant la position de plusieurs îles vues par les Espagnols.
Baie des Français

Pendant la traversée d’Hawaii en Alaska , de Langle met au point un moulin à vent pour moudre le grain, important problème logistique. Les buts poursuivis par Lapérouse en Alaska : trouver un éventuel passage maritime vers les Grands Lacs ou la baie d’Hudson et tenter de découvrir un lieu qui pourrait devenir un centre de collecte de fourrures, non revendiqué par les Russes, qui avaient déjà exploré ces côtes dès 1741, ni par les Espagnols, qui occupaient la région jusqu’à San Francisco. Ces derniers avaient poursuivi leur exploration plus au nord, notamment dans l’île de Vancouver (Nootka). Quant aux Anglais ils s’étaient manifestés dès 1580 avec Francis Drake, atterrissant près de San Francisco, et récemment avec Cook remontant lors de son troisième voyage vers le détroit de Behring. Lapérouse possédait récits et cartes du voyage de Cook. Après avoir connu le Mont Saint Elie, visible de très loin, et essayé divers abris,il pense trouver dans la très belle rade de Port aux Français (actuellement Lituya Bay) un site bien adapté. Avec la marée l’entrée étroite de la baie se révélera très dangereuse. Par ailleurs elle est enchâssée dans de hautes montagnes et mal reliée à l’arrière pays. On y rencontre des indigènes, très voleurs, mais disposés à faire des échanges avec des fourrures de loutres. Le naturaliste Dufresne est chargé d’en acheter pour une revente expérimentale en Chine au profit des équipages.

Naufrage du Port aux Français

de Port aux Français à Macao

Après la perte de 21 marins à l’entrée de la baie au cours d’une opération d’hydrographie, drame durement ressenti à bord, Lapérouse décide, poursuivant vers le sud, de relâcher à Monterey , tout en complétant la cartographie des côtes depuis l’Alaska jusqu’en Californie. Mais nombreuses sont les îles et innombrables les chenaux. Il est difficile dans le temps imparti de faire un relevé continu d’autant plus que la zone est soumise à des brumes fréquentes et tenaces. Ainsi il ne verra pas les principales entrées qui donnent accès à Juneau, le détroit de Fuca, porte maritime de Vancouver, ni le Golden Gate, passe d’accès à San Francisco, bien qu’il en possédât la carte. Il est très bien accueilli à Monterey, poste espagnol de colonisation assez important, qui dispose d’un Résident et d’une force militaire, d’un monastère chargé de la conversion des indiens, très pacifiques, tout en les faisant travailler. Il y prépare ses provisions pour une longue traversée du Pacifique sur une route peu différente de celle des galions.
Il lui faut 80 jours pour atteindre les Îles Mariannes et une quinzaine de jours supplémentaires pour rejoindre Macao. Il ne verra rien sur son trajet sauf l’îlot Necker, simple rocher pour les oiseaux de mer, et le « french fregate shoal » un peu plus loin. Un grave accident est évité de justesse sur un atoll de la chaîne des îles Hawaii. L’île Marianne la plus septentrionale ne fournira que quelques noix de coco. Puis c’est la Chine et la colonie portugaise de Macao où il reconnaît le gouverneur rencontré autrefois à Goa. Il a aussi la joie de rencontrer un navire militaire français appartenant à la flotte stationnée aux Indes mais qui malheureusement ne lui apporte pas de courrier. D’Entrecasteaux lui-même n’est d’ailleurs pas loin, s’apprêtant à pénétrer dans la rivière de Canton dans de délicates circonstances administratives. La vente des fourrures aux Chinois s’avère plus difficile et moins rentable que prévu ; après l’achat de porcelaines chinoises Lapérouse repart déçu par un pays despotique où les Européens sont mal accueillis. Il fait route vers Manille où il veut remettre en état ses navires dans les arsenaux espagnols.
C’est une bonne et longue escale où il peut compléter ses équipages, fournis par d’Entrecasteaux, et réparer ses navires presque aussi bien qu ’en Europe avec le concours de constructeurs espagnols compétents et serviables. Par contre il n’apprécie guère la gestion humaine et économique des Philippines par l’Espagne.


Macao

de Macao à Petropavlovsk

Après avoir été averti par le navire Marquis de Castries , de l’escadre d’Entrecasteaux, que des troubles sécessionnistes ont éclaté à Formose, Lapérouse fait route au nord vers des mers inconnues et interdites aux étrangers par les Japonais et les Coréens ce qui ne l’empêche pas de poursuivre le relevé des côtes. Arrivé au nord du Japon il peut commencer à toucher terre dans une zone « ayant échappé à l’œil de Cook ».

maison de Tartarie

L’exploration de la Manche de Tartarie constitue l’une des parties les plus intéressantes et novatrices du voyage avec la reconnaissance de la côte sibérienne et de l’ouest de l’île Sakhaline. Lapérouse va découvrir entre Sakhaline et la pointe septentrionale de l’archipel japonais un passage qui porte depuis le nom de « Détroit de Lapérouse ». Longeant les îles Kouriles il va rejoindre Petropavlovsk au Kamtchatka. Cette escale bénéficie d’une pleine coopération des Russes qui acceptent le débarquement du jeune Barthélémy de Lesseps et facilitent sa mission consistant à ramener à Versailles, par voie terrestre, une partie de la documentation rassemblée.
Peu avant de quitter ce port, Lapérouse reçoit enfin du courrier personnel et professionnel dont sa nomination au grade de Chef d’Escadre.
Cependant le ministre le prie de modifier son itinéraire afin de constater l’implantation des Anglais en Nouvelle-Galles du Sud (Australie) puis de cartographier l’essentiel du rivage australien et des îles voisines.

De Pétropavlovsk à Botany Bay

La route vers le Sud, dans une zone peu connue, n’apporte à l’expédition aucune découverte de terres nouvelles. Par contre un grave accident survient aux îles Samoa , sur l’île de Maouna (aujourd’hui Tutuila), drame dû à une imprudence de Fleuriot de Langle lors d’un ravitaillement en eau que Lapérouse ne jugeait pas indispensable,. Après une courte escale aux Tonga (relâche favorite de Cook) avec une grande méfiance des naturels, Lapérouse met le cap sur la Nouvelle-Galles du Sud. Par une extraordinaire concordance de dates, Lapérouse devient le témoin du premier peuplement de ce pays par les Anglais. La Nouvelle-Galles du Sud deviendra le cœur de l’Australie. La nature faisant bien les choses, il y a là deux grandes baies voisines : Lapérousera occupera la « Baie Botanique » afin d’y reconstruire des canots pour remplacer ceux perdus aux Samoa. Les Anglais s’établiront à Port Jackson, baie située à une dizaine de kilomètres de Botany Bay.

Rencontre de Lapérouse et du commodore Phillip

Pendant le séjour d’un mois et demi de Lapérouse en ce lieu, Anglais et Français se rendront des visites courtoises. Le courrier sera confié aux Anglais et parviendra à destination. Cela explique que Lapérouse soit très connu des Australiens comme témoin des origines de leur pays.

Maquette de Vanikoro

Après Botany Bay

La suite du voyage devait normalement être conforme aux instructions reçues, et aux intentions propres à Lapérouse, confirmées à son départ de Botany Bay.. Ainsi il devait revenir aux îles des Amis (îles Tonga) qu’il avait à peine visitées . Il semblerait qu’il ait fait escale dans l’île centrale de l’archipel qui comporte plusieurs îles habitées. Il est ensuite pratiquement certain qu’il ait rejoint l’île des Pins au sud de la Nouvelle-Calédonie, puis longé la côte ouest de cette dernière où est, de nos jours, situé la ville de Nouméa. Des objets des navires retrouvés à terre, des échantillons de minerais retrouvés à Vanikoro, viennent à l’appui de cette affirmation. Il était ensuite normal de passer du côté de Vanikoro, île encore inconnue et ne figurant pas sur les cartes. Pris probablement par un vent très fort par visibilité nulle les bateaux ont été drossés sur la barrière de corail. Au départ d’Australie Lapérouse se plaignait de sa mauvaise santé. Le climat tropical humide de la région est très éprouvant pour les organismes des Européens. Il subsiste donc un doute sur le fait que Lapérouse soit encore vivant au moment du naufrage.