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Lapérouse et la franc-maçonnerie

Lapérouse fut initié à Brest à la loge de l’Heureuse Rencontre ...

Brest et les francs-maçons scrutés par un historien

 
Lieux de Mémoire
Commémoration du détroit de Lapérouse
lundi 21 avril 2008
par Jacques Bodin
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Le voyage de Lapérouse en Extrême-Orient (été 1787) Dans le programme de l’explorateur Jean-François de Galaup de Lapérouse, après sa traversée du Pacifique, la découverte des côtes de la Chine du nord, de la Corée et des rives qui bordent la mer du Japon est une des plus novatrices si on en juge par les cartes très approximatives dressées en Europe à cette époque. Cette mer intérieure étant interdite aux étrangers il était très risqué d’avoir des contacts avec la terre, même pour des besoins de simple ravitaillement. Plus au nord la côte sibérienne, Hokkaïdo (qui s’appelle alors Jesso ou Chica) et l’île Sakhaline sont habitées en 1787 par des tribus qui ne sont pas encore sous le contrôle de la Russie, laquelle occupe déjà le fleuve Amour, le Kamtchatka et sillonne la mer d’Okhotsk, ni sous celui du Japon, essentiellement constitué de la grande île Niphon.

Après une traversée sans encombre de la mer du Japon, assez loin des côtes, Lapérouse s’engage entre la Sibérie et Sakhaline dans « la Manche de Tartarie » et cartographie cet endroit resserré espérant aboutir à l’embouchure de l’Amour puis atteindre la mer d’Okhotsk et rejoindre ensuite sa destination de Petropavlovsk au Kamtchatka.

Carte du détroit

Dans des endroits, qui aujourd’hui ont souvent conservé leur nom de baptême français, il a des contacts avec diverses peuplades, notamment sur la côte ouest de Sakhaline, par 47,5° de latitude nord dans un endroit proche de l’actuel Tomari-Penzenskoye et baptisé Baie de Langle. Sa progression vers le nord est arrêtée par de hauts fonds, un peu au-dessus de la baie de Castries où il fait une bonne relâche pour des approvisionnements. C’est en redescendant le long de la côte ouest de Sakhaline qu’il aperçoit un détroit inconnu d’environ 40 km de large entre le sud de cette grande île et Hokkaïdo. Il fait une courte escale à la pointe sud avant d’emprunter ce détroit le 11 août 1787. Il y rencontre des Aïnous, peuple assez évolué, habitant les deux côtés du détroit. Rejoignant le Pacifique il dispose alors de meilleures informations cartographiques, notamment sur les îles Kouriles du sud, déjà visitées en1643 par les Hollandais après leur exploration de la côte est de Hokkaïdo. Le général Millet-Mureau, chargé de la coordination de la publication des récits qui sont parvenus à Versailles, baptisera ce détroit du nom de Lapérouse, chef de l’expédition, comme étant une découverte majeure. Son nom reste prédominant sur les cartes actuelles.

Commémorer la découverte (septembre 2004) :
L’idée de commémorer ce détroit est venue des contacts personnels antérieurs pris dans cette région, tant du côté russe que du côté japonais, par le capitaine de vaisseau (H) Jacques Bodin. Parallèlement l’association Lapérouse Albi-France, dont J. Bodin est membre, venait d’encourager la création, début 2004, par la sculptrice albigeoise « Mamic », d’un haut-relief représentant le buste de Lapérouse. La réalisation en bronze et en résine en était confiée à la fonderie du Lauragais à Soual dans le Tarn. Ce haut-relief est apparu comme susceptible de mieux personnaliser des monuments commémoratifs qu’une simple inscription bilingue. Enfin la Marine Française dans le Pacifique, qui a des contacts réguliers avec la Russie et le Japon, a bien voulu, dans le cadre de ses missions, participer aux commémorations en liaison avec nos ambassades à Moscou et à Tokyo.
Monument à Ternay

Une première mission exploratoire, difficile à organiser dans des endroits rarement visités, a eu lieu fin septembre 2004 avec la frégate Vendémiaire ( CF Lorge) basée à Nouméa. Venant de Vladivostok avec le commandant Bodin à son bord, elle fait escale le 26 octobre au village de Ternay (5 000 habitants) sur la côte orientale de Sibérie. Le toponyme « Ternay » avait été donné par l’expédition du nom d’un ancien chef de Lapérouse que ce dernier appréciait particulièrement. La population de Ternay, renseignée par un historien local, avait déjà spontanément érigé un monument à Lapérouse , ce que nous ignorions. Des liens se sont alors créés dans une ambiance très chaleureuse. Le Vendémiaire fait ensuite escale à Wakkanaï, ville moyenne la plus septentrionale du Japon. Jacques Bodin y retrouve M. Tagami, ancien officier de la Marine Impériale, ouvert à l’occident, qu’il était venu saluer quelques années auparavant en 1999. Âgé et très respecté par M. Yokota , maire de Wakkanaï, M. Tagami, ami fidèle du commandant Bodin, avait souhaité visiter avec son épouse Versailles et Albi en 2003. A cette occasion avait été signé, le 19 juin 2003, un mémorandum d’amitié entre les villes d’Albi et de Wakkanaï.
Poursuivant son périple le Vendémiaire traversait le détroit de Lapérouse et faisait escale à Korsakov. Un contact a pu s’établir le 3 octobre avec le musée régional des arts et traditions de Yuzno-Sakhalinsk, capitale de l’île Sakhaline. Le commandant Bodin y a revu l’historien Igor Samarine qu’il avait rencontré en 2001 lors d’une découverte du fleuve Amour et de l’île Sakhaline.
Ensuite le Vendémiaire se dirige vers Petropavlovsk au Kamtchatka où une stèle avait déjà été érigée au milieu du XIX° siècle en l’honneur de Lapérouse. Celle-ci sera saluée par M. Cadet, ambassadeur de France à Moscou. Ainsi la transformation de contacts personnels en premiers contacts officiels permettait d’envisager l’érection de deux nouveaux monuments.

monument & équipage Prairial

Les monuments Russes (mai 2006)
Après une longue préparation coordonnée du côté russe par Igor Samarine, archéologue du musée de Yuzno, et du Commandant Bodin, c’est à bord de la frégate Prairial (CF Latty) qu’a débuté fin avril 2006 ( la neige commençant seulement à fondre) la célébration du nouveau monument russe dédié à Lapérouse
Étant donné la mauvaise qualité des routes et l’absence de circulation , plutôt que de l’édifier à la pointe sud de Sakhaline, près de l’endroit où avait eu lieu la rencontre des Aïnous et la découverte du détroit au Cap Crillon , le choix s’est porté sur la petite ville de Tomari Penzenskoye, située dans la baie de Langle ( zaliv Delanglya), en bord de mer, sur la route et près du chemin de fer de la côte ouest de Sakhaline.
Les autorités civiles et militaires russes ont pris à leur charge, sans aucune réticence, pendant un hiver glacial, toutes les dispositions pour ériger un « menhir » de 3 m de haut, fixé sur un socle circulaire, entouré d’une chaîne et de massifs fleuris. Le monument est au centre de la petite ville et son édification s’est accompagnée d’un nettoyage et d’une réorganisation du lieu, la vue sur la mer devant par la suite être aménagée. Le haut-relief est fixé en partie haute et une courte inscription bilingue franco-russe indique le passage de Lapérouse.
La frégate française Prairial a pu faire escale le 5 mai à Kholmsk, sur la côte ouest de l’île, sensiblement à 100 km au sud de Tomari. Le port de Kholmsh n’avait jamais reçu de navire français civil ou militaire. Le Prairial était accompagné par un garde-côtes russe. Les routes étant impraticables en cette fin d’hiver, c’est par train spécial que les personnalités ont gagné le lieu de la cérémonie. Celle-ci, sérieuse et chaleureuse, s’est déroulée en présence de l’amiral russe, des personnalités régionales, militaires, civiles et religieuses, du représentant du musée de Yuzno , de l’Attaché Naval français à Moscou, des officiers du Prairial, parmi les quels deux albigeois, et du commandant Bodin au côté d’ Igor Samarine. Une musique et les élèves des écoles participaient à cette cérémonie. Par ailleurs un petit musée Lapérouse a été inauguré dans les locaux de l’école. De Langle, qui commandait le second navire de l’expédition n’a pas été oublié, la baie portant son nom.
Arrivée du bronze au musée

Cette cérémonie a été complétée par une visite du musée de Yuzno-Sakhalinsk auquel a été remis un autre haut-relief, témoin conservé à l’abri des rigueurs du climat et en remerciement à Igor Samarine. Ce dernier a été invité à l’automne à visiter le France avec un passage obligé par Albi..

Stèle à Ternay

Le Prairial s’est ensuite rendu à Vladivostok pour participer aux cérémonies du 9 mai qui célèbrent en Russie la victoire des alliés lors de la dernière guerre. A près cette escale le Prairial a gagné le mouillage de Ternay pour honorer le monument à Lapérouse dans cette petite ville de la côte sibérienne qui conserve la mémoire du passage de l’expédition française.
Une délégation s’est ensuite rendue dans la baie voisine (Bukhta Russkaya), peu habitée, où une modeste stèle marque le point réel de débarquement de Lapérouse.

monument au Japon

La célébration japonaise (octobre 2007) :
Malgré le décès de M. Tagami en juillet 2006, et afin de mener à bien son projet, le Maire de Wakkanaï, M. Yokota est devenu maître d’œuvre du monument à construire selon le plan préconisé par l’association Lapérouse Albi-France. Cette dernière, pour participer au financement du projet, a fait appel au mécénat public et privé.
Le site choisi après accord des autorités est le prestigieux cap Soya, point le plus septentrional du Japon d’où l’on peut apercevoir par beau temps Sakhaline et les Kouriles du sud, anciennes possessions japonaises avant 1945. Le cap Soya est un haut lieu touristique pour les Japonais qui pourront ainsi découvrir que des navires européens exploraient déjà leurs côtes avant 1800.
La frégate Vendémiaire (CT Thierry Arnoult) et le destroyer japonais Jintsu avaient accosté la veille de l’inauguration à Wakkanaï . Le 27 octobre par un temps frais, mais très beau pour la saison dans cette région, se déroule l’ inauguration du monument. Sur sa base sont scellés le haut-relief représentant Lapérouse et une inscription bilingue (qui avait été acceptée par M. Tagami) relatant l’événement. M. Le Lidec, ambassadeur de France au Japon a tenu à souligner que cette inauguration faisait partie des cérémonies envisagées à l’occasion du 150ème anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays.
La délégation française comprenait M. Philippe Poux, représentant la Ville d’Albi, M. Henry Féral, président de l’association Lapérouse Albi-France, Mme Marie-Laure de Lapérouse, représentant la famille du navigateur, le commandant Bodin et les marins du Vendémiaire .
Inauguration, discours, échanges de cadeaux se sont succédés dans un rituel bien organisé. Le lendemain les deux navires militaires passaient en ligne de file devant le cap Soya pour saluer le monument avant de se séparer. C’était un grand moment pour la France des marins et pour l’association Lapérouse.
 
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